Depuis plusieurs mois, nous avons considérablement renforcé notre action dans le Quartier Nord. Interdictions temporaires de lieu, fermetures administratives, fermeture nocturne, contrôles, opérations policières renforcées, travail de prévention et meilleure coordination entre les différents acteurs : à Schaerbeek, nous utilisons les leviers qui relèvent de nos compétences.
Mais les constats du terrain nous obligent aujourd’hui à regarder une réalité en face : l’action communale et policière atteint ses limites lorsque les décisions prises en matière de séjour ne sont pas suivies d’effets.
Des chiffres qui interpellent
En 2025, la Zone de Police Bruxelles Nord a transmis 1.235 dossiers concernant des personnes étrangères à l’Office des étrangers sur le territoire de Schaerbeek.
Dans le Quartier Nord, seules 12 à 13 % des personnes en séjour irrégulier interpellées en 2025 et 2026 ont fait l’objet d’une détention judiciaire. En 2025, près d’une personne en séjour irrégulier interpellée sur deux dans ce secteur a été relâchée avec la délivrance ou la reconfirmation d’un ordre de quitter le territoire.
Certaines situations illustrent particulièrement les limites du système. Deux individus visés par une interdiction temporaire de lieu dans le Quartier Nord comptabilisaient ainsi respectivement 35 et 41 faits enregistrés en seulement dix-huit mois.
Lors d’une opération policière récente visant le deal de rue, sept des onze personnes interceptées étaient en séjour irrégulier. Une seule a été placée en centre fermé.
Derrière ces chiffres, il y a une réalité quotidienne vécue par les habitants, les commerçants, les travailleurs du quartier et nos policiers.
Nommer le problème sans faire d’amalgame
Je veux être très clair : il ne s’agit pas de confondre migration, séjour irrégulier et criminalité.
L’immense majorité des personnes issues de l’immigration n’a évidemment rien à voir avec les phénomènes criminels auxquels nous sommes confrontés dans le Quartier Nord.
Ce que je pointe, c’est une situation beaucoup plus précise : celle de personnes en séjour irrégulier, parfois interpellées à de très nombreuses reprises pour des faits délictueux, auxquelles des décisions sont notifiées mais qui restent ensuite présentes dans le quartier faute de suivi effectif.
Lorsque cette situation se répète, elle nourrit un sentiment d’impunité et met nos services de police dans une position extrêmement difficile.
La police interpelle. La commune agit. Et ensuite ?
Un bourgmestre dispose de compétences importantes en matière de police administrative. Je les utilise.
Nous avons notamment instauré des interdictions temporaires de lieu, procédé à des fermetures administratives, renforcé les contrôles et les opérations policières et expérimenté une fermeture nocturne dans le Quartier Nord.
Cette dernière mesure a permis de rendre les nuits plus calmes. Mais elle a également montré ses limites : une partie des phénomènes de criminalité, de consommation et de trafic s’est déplacée vers la journée.
Nous devons donc aller au-delà du traitement des symptômes.
Lorsqu’une personne est interpellée par la police, qu’elle fait l’objet d’un ordre de quitter le territoire et que cette décision n’est pas exécutée, la commune ne dispose pas du pouvoir d’organiser elle-même son éloignement.
Cette responsabilité relève du niveau fédéral.
Une réponse doit suivre les décisions prises
C’est précisément pour cette raison que j’ai rencontré la ministre fédérale de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, afin de lui présenter directement les constats de notre zone de police et de nos services.
Je ne demande pas au Fédéral de faire le travail de la commune. Je lui demande d’exercer pleinement ses propres compétences, comme nous exerçons les nôtres.
Une politique migratoire crédible doit évidemment permettre l’accueil et la protection des personnes qui y ont droit. Mais elle doit également être capable de donner une suite effective aux décisions prises lorsqu’une personne n’a plus de droit au séjour, particulièrement lorsqu’elle est impliquée de manière répétée dans des faits délictueux.
À Schaerbeek, nous prenons nos responsabilités. Le Fédéral doit prendre les siennes.
Le Quartier Nord mérite mieux qu’un système dans lequel les mêmes personnes peuvent être interpellées encore et encore sans qu’une solution durable ne soit apportée.
Habitants, commerçants, travailleurs sociaux et policiers ont besoin d’une action coordonnée entre tous les niveaux de pouvoir. C’est à cette condition que nous pourrons restaurer durablement la tranquillité et la sécurité dans le quartier.

